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La
bronchopneumopathie chronique obstructive
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concepts et prise en charge : Un défi que relèvent les pneumologues Par le Pr J-F Muir Président de la Société de Pneumologie de Langue Française (article paru dans « Officiel santé » décembre-janvier 2003 et adapté ) Une nouvelle définition La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) est une entité pathologique caractérisée par une limitation des débits aériens non complètement réversible. Cette limitation des débits aériens est dinstallation progressive et sassocie à une réponse inflammatoire anormale des poumons à lenvironnement gazeux et particulaire. Cette définition a donc pris le pas sur celle ne prenant en compte que les formes obstructives de la bronchite chronique dune part et de lemphysème dautre part qui sont toujours associés à des degrés divers dans la BPCO. Par ailleurs elle a le mérite dinsister surlobstruction bronchique et à ce titre le terme BPCO et sa composante obstructive doivent être mieux connus par la population ; en effet le terme de bronchite chronique introduit une banalisation de la symptomatologie associant toux et expectoration, vécue comme un effet « normal » du tabac et non comme le début dune maladie insidieuse qui se développe sur plusieurs décades. Une classification remaniée Cette définition a permis de définir une classification de sévérité applicable à la BPCO, qui comporte 4 stades. Stade caractéristiques 0 : à risque Spirométrie normale Symptômes chroniques : toux, expectoration. I : BPCO peu sévère VEMS/CVF< 70 % VEMS > ou = 80 % de la valeur prédite Avec ou sans symptôme chronique (toux, expectoration) II : BPCO moyennement sévère VEMS/CVF< 70 % VEMS < 80 % de la valeur prédite Avec ou sans symptômes chroniques (toux, expectoration, dyspnée) III : BPCO sévère VEMS/CVF < 70 % VEMS < 30 % de la valeur prédite Ou VEMS > 50 % de la valeur prédite en présence dinsuffisance respiratoire (PaO2 < 60 mmHg) ou de signes cliniques dinsuffisance cardiaque droite. Au total le mérite essentiel de cette refonte de la définition de la BPCO et sa classification est de la concevoir comme une maladie inflammatoire associée à un trouble ventilatoire obstructif dévolution progressive. Aspects pathogéniques : Le rôle central de linflammation La BPCO est caractérisée par lexistence dune inflammation chronique des voies aériennes, du parenchyme (tissu dont sont constitués les poumons) et de la vascularisation pulmonaire quatteste laugmentation du pourcentage de macrophages, de lymphocytes T et de neutrophiles au niveau pulmonaire. Cest cette réponse immunitaire qui est responsable dune détérioration structurelle pulmonaire et de lentretien de linflammation neutrophile. Le grand responsable de cette inflammation pulmonaire est lenvironnement particulaire et gazeux au premier rang duquel figure la fumée de tabac dont seule léviction totale est susceptible de réduire lincidence de la BPCO. Au niveau parenchymateux, sont associés à des degrés variables linflammation bronchique et latteinte parenchymateuse. Les conséquences physiopathologiques de ces remaniements bronchiques et parenchymateux sont essentiellement représentés par lapparition progressive dune distension thoracique en rapport avec laccentuation du trouble ventilatoire obstructif puis danomalie des échanges gazeux dont la chronicité permet de reconnaître le stade dinsuffisance respiratoire chronique. Il nest donc pas étonnant que la limitation des débits expirés constitue le marqueur de la maladie et la clé de son diagnostic positif. La définition de la BPCO antérieurement rapportée comporte la notion de réversibilité incomplète de la BPCO qui permet dinclure certaines formes à la lisière de lasthme à dyspnée continue sur le plan symptomatique. Epidiomiologie : des projections inquiétantes à 20 ans. La BPCO est actuellement la 4ème cause de mortalité par maladie au monde et les projections à 20 ans confirment laccroissement de la prévalence et de la mortalité liées à cette maladie. On prévoit en effet que la mortalité par BPCO double au niveau mondial en 2020 par rapport à 1990 passant alors du 6ème au 3 ème rang des causes de mortalité par maladie. La particulière sensibilité de la femme à ce risque par rapport à lhomme est signalée par toutes les enquêtes épidémiologiques. Les chiffres dans notre pays peuvent être estimés à environ 4 millions de BPCO à des stades divers dont on peut estimer que 30 % évolueront dans les prochaines décades vers la forme grave obstructive de la maladie. Un diagnostic précoce fondé sur la spirométrie Le diagnostic de cette maladie est donc simple fondé sur la clinique et la reconnaissance dun syndrome obstructif permettant le classement de sévérité de la maladie. Aucun traitement étiologique (cest à dire des causes de la maladie) de la BPCO nétant actuellement disponible, il paraît inéluctable de devoir faire porter tous nos efforts sur la prévention de la maladie et bien sûr corollaire logique, sur son diagnostic précoce. Le diagnostic de BPCO repose sur la mise en évidence dun syndrome obstructif défini par la présence dun rapport VEMS/capacité vitale forcée < 70 %, cette obstruction nétant quincomplètement réversible (augmentation du VEMS en valeur absolue < 200 ml et < à 12 % par rapport à la valeur de départ). Pour faciliter lobtention de ce diagnostic précoce, il est possible davoir une première orientation en utilisant le rudimentaire débit expiratoire de pointe dont disposent tous les généralistes qui permet essentiellement de documenter des syndromes obstructifs avérés. Actuellement sont mis sur le marché des appareils plus précis affichant la courbe débit volume qui ont lavantage de pouvoir être connectés sur un ordinateur et sinsérer dans une politique de réseau. En fait une exploration précise est indispensable, réalisée par un pneumologue au mieux effectuée en pléthysmographie afin davoir une évaluation fiable des volumes non mobilisables. Le pneumologue est ainsi à même dévaluer la gazométrie artérielle, destimer les capacités à leffort du patient dans la perspective dune éventuelle réhabilitation à leffort. Parallèlement à la radiographie standard, lexamen tomodensitométrique paraît indispensable afin dévaluer avec fiabilité la présence dun emphysème, den documenter limportance et la topographie. Enfin, la réalisation dun enregistrement ventilatoire nocturne peut savérer intéressante pour documenter une hypoxémie débutante ou à fortiori si un surpoids est présent, source potentielle dun syndrome dapnées du sommeil associé. BPCO Les grands principes de la prise en charge : Un traitement essentiellement préventif et symptomatique. Labsence de traitement étiologique de la BPCO confine le praticien à ladaptation dun traitement essentiellement symptomatique au désir légitime damélioration de la qualité de vie du patient. Cette qualité de vie est altérée du fait de la dyspnée deffort qui peut être améliorée par la conjonction à des degrés divers des broncho-dilatateurs, de la kinésithérapie et de la réhabilitation à leffort. En effet, les seuls traitements étiologiques reposent sur la transplantation pulmonaire qui ne peut concerner quune minorité de cas. La chirurgie de réduction de volume pulmonaire est actuellement en cours dévaluation par rapport à la réhabilitation à leffort et ne concerne que des patients très distendus chez lesquels les indications doivent être soigneusement pesées. 1) Traitement préventif Il repose sur les mesures déviction en ce qui concerne lenvironnement (dans la mesure du possible) et le tabac ; doù le recours accru aux consultations anti-tabac ; aux substituts nicotiniques et au Bupropion (Zyban) ; La prévention est aussi anti-infectieuse assurée par la vaccination antigrippale annuelle et la vaccination antipneumococcique tous les 3 à 5 ans. Les immuno-modulateurs peuvent également être utilisés en relais des vaccinations précitées. Larrêt du tabac est bien entendu une condition indispensable préalable à la prise en charge efficace au long cours dune BPCO. 2) Traitement symptomatique Le maître symptôme de la BPCO qui amène le patient à consulter est la dyspnée, présente dabord à leffort puis, dans les formes plus évoluées, au repos. Les autres complaintes concernent la présence dune hypersécrétion bronchique et linstabilité de leur état clinique consécutif à la répétition des épisodes de surinfection bronchique. a) Traitement symptomatique de la dyspnée Celui-ci repose sur lutilisation des broncho-dilatateurs. Les corticostéroïdes inhalés peuvent être utilisés chez les sujets répondeurs, isolément ou le plus souvent en association avec les broncho-dilatateurs précédemment énumérés. Des formes combinées à des bêta-mimétiques sont actuellement disponibles avec le Symbicort ou le Sérétide. Dans certaines formes évoluées on peut toujours associer, en fonction de leur incidence sur la symptomatologie, la THEOPHYLLINE Retard ou les bêta-mimétiques oraux. b) Traitement symptomatique de lhypersécrétion bronchique Celui-ci est beaucoup plus limité ; lutilisation des mucomodificateurs demeure controversée mais si elle peut se révéler utile. Le but recherché est la régularisation de la sécrétion bronchique et la facilitation de lexpectoration chez les sujets les plus sécrétants sous réserve bien entendu dune toux efficace, ce dernier symptôme devant toujours être respecté. c) Réhabilitation à leffort Dans ces formes de BPCO plus évoluées, les recommandations actuelles font appel à la réhabilitation à leffort qui permet de reconditionner les patients pour des efforts modérés de la vie quotidienne auxquels ils se sont progressivement déshabitués. d) au stade de linsuffisance respiratoire : Les thérapeutiques de suppléance ventilatoire sont discutées lorsque lhypoxémie, éventuellement associée à une hypercapnie est présente de façon constante. Lorsquon est en présence dune forme plus évoluée et surtout instable avec fréquents épisodes de décompensation asphyxiques, est discutée lintérêt dune ventilation à domicile, réalisée par lentremise de méthodes non invasives par masque nasal, la ventilation étant réalisée la nuit ou même le jour si létat du patient le nécessite. Le recours à la ventilation par trachéotomie ne concerne que des patients très évolués ayant nécessité au cours dun épisode asphyxique dune intubation, et qui se sont révélés insevrables de la ventilation endotrachéale, cette insévrabilité imposant la réalisation dune trachéotomie. 3) Traitement des exacerbations de BPCO Ces exacerbations sont reconnues devant lintensification de la dyspnée et de lexpectoration et lapparition dune purulence de lexpectoration. Elles peuvent être dintensité modérée et dans ce cas prises en charge à domicile ou au contraire saccompagner de signes de gravité imposant une hospitalisation en milieu spécialisé. Dans le premier cas, très souvent en rapport avec une surinfection dorigine virale secondairement compliquée dune infection bactérienne, est associée à une intensification des traitements broncho-dilatateurs et de la kinésithérapie, une corticothérapie orale transitoire sur quelques jours sous couvert dune antibiothérapie orientée vers la flore la plus couramment rencontrée à ce stade, cest à dire le pneumocoque, lhaémophilus ou moraxella catarrhalis. Au total la prise en charge médicamenteuse de la BPCO repose sur des traitements essentiellement symptomatiques visant à réduire lintensité de la dyspnée et daméliorer ainsi le confort respiratoire au quotidien afin doptimiser à terme la qualité de vie des patients. |
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